Darwin et ses Galapagos

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Pinson des Galapagos. Credit photo: Angel Martinez

Pour commencer cette belle histoire nous allons resituer cet homme, Charles Darwin. Le plus célèbre des naturalistes de l’histoire est né le 12 février 1809, et mort 19 avril 1882 au Royaume-Uni à l’âge de 73 ans. Le monde entier connaît cet homme grâce à son ouvrage « De l’origine des espèces » sorti en 1859. Ce livre traite de l’évolution des espèces suivant le principe connu sous le nom de « sélection naturelle ».

La partie de sa vie qui nous intéresse se situe à bord du navire anglais « Beagle » qui navigua de 1831 à 1836. Ce voyage de 5 ans lui a permis d’explorer et d’étudier des endroits encore trop méconnus tels que l’archipel des Açores ou encore le Cap Vert. Mais c’est surtout, en 1835, lorsqu’il débarqua avec son matériel d’observation sur l’archipel des Galapagos que l’histoire nous intéresse.

Cet archipel des Galapagos fut littéralement un laboratoire géant pour Darwin. Ce que la pomme fut à Isaac Newton, les Galapagos furent, grâce à sa biodiversité unique au monde, la source principale d’inspiration pour sa théorie de l’évolution.

«S’il était prouvé que Newton s’est inspiré de la chute des pommes pour formuler sa théorie sur la gravitation, on pourrait aussi dire que les îles enchantées (Galapagos) ont été décisives au moment de l’élaboration de la théorie évolutionniste de Darwin»

Carlos Valle, chef du département de biologie de l’université San Francisco de Quito

Arrivant dans l’archipel des Galapagos, Charles Darwin découvrit que les îles étaient uniquement peuplées par certains hommes bannis de la république d’Équateur pour crimes. Ces hommes se nourrissaient des tortues géantes entre autres chèvres et cochons.

Les iguanes

Le 29 septembre, Darwin débarqua sur l’île Isabela où il découvrit une espèce de lézard vivant dans la lave noire de cette île. Le lézard plus connu aujourd’hui comme « iguane marin des Galapagos » est la seule espèce au monde pouvant vivre, se déplacer et se nourrir dans la mer. Les plantes et algues aquatiques sont sa nourriture principale.

« Une créature hideuse, d’un noir sale, stupide et maladroite. »

Charles Darwin

Un jugement un peu rapide puisque cette espèce d’iguane est en réalité plutôt grise, ce qui lui permet d’emmagasiner de la chaleur plus facilement juste après leur sortie de l’eau (qui peut être froide aux galapagos).Son habitat se situe principalement sur les côtes rocheuses pour y lézarder au soleil.

Charles Darwin remarqua que la taille de ces derniers pouvait changer en fonction de la période de l’année. En effet, les iguanes marins s’adaptent à la nourriture disponible au sein de l’île. Plus la nourriture vient à manquer, plus ils rétrécissent pour avoir moins de surface corporelle à nourrir.

L’iguane marin des Galapagos sur l’île d’Isabela était légèrement différent. En effet, Charles Darwin remarqua qu’ils étaient plus grands sur cette île que sur n’importe quelle autre île de l’archipel des Galapagos. Sa théorie de mutation, suivant le milieu dans lequel l’espèce évolue, prenait place petit à petit. Il avait les premières pièces de son puzzle pour élaborer cette théorie qui fera son succès.

Lors de son séjour sur la plus grande île de l’archipel des Galapagos, Darwin étudia aussi une autre espèce d’iguane, l’iguane terrestre des Galapagos avec sa couleur brun/jaunâtre. Cette espèce s’appelle le Conolophus subcristatus, qui est un des 3 Conolophus que l’on trouve sur l’archipel.

« Un animal affreux, d’un orange jaunâtre dessous, et d’un rouge brunâtre dessus : avec leur angle facial bas ils ont une apparence stupide.»

Charles Darwin

Visiblement  Charles Darwin n’avait que peu d’affections pour ces espèces d’iguane. Cependant, il y trouva un intérêt biologique puisque c’est, tout comme l’iguane marin, une espèce endémique de l’archipel des Galapagos.

Ce Conolophus subcristatus est l’iguane le plus répandu de l’archipel puisqu’on le trouve au sein des îles Fernandina, Isabela, Santa Cruz, North Seymour et South Plaza. C’est aujourd’hui une espèce en voie de disparition à cause notamment de l’introduction des animaux domestiques qui empiètent sur le territoire de ces iguanes. On dénombre entre 10 000 et 15 000 individus aujourd’hui.

Lors de cette découverte de l’île Isabela, Charles Darwin fit la découverte d’une seconde espèce de Conolophus, le Conolophus marthae, endémique de l’île en question. Ce genre d’iguane fait partie des 3 espèces endémiques de cet archipel si particulier. Ce type d’iguane ne vit que sur les pentes du volcan Wolf de l’île Isabela, dans un environnement très particulier. Cela en fait donc une espèce très protégée et très rare puisque l’on dénombre aujourd’hui moins de 200 individus sur l’île.

Lors de son escale sur l’île de Santa Fé Charles Darwin découvrit une mutation de l’espèce présentée ci-dessus, le Conolophus pallidus. Le terme latin « pallidus » signifie « pâle », nom venu de sa couleur sable beaucoup plus terne que son cousin de l’île Isabela. Venant de la même espèce, ce type d’iguane est une mutation due à son adaptation essentielle à son environnement sur l’île de Santa Fé.

Les Pinsons et Moqueurs de Darwin

Tout au long de son expédition au sein des îles Galapagos, Charles Darwin observa et captura de nombreux oiseaux, tels que les pinsons et les moqueurs. Au total, Darwin rapporta 13 pinsons différents et 4 moqueurs. Leurs différences se situent principalement au niveau de leurs becs avec des changements notoires suivant les spécimens pour les pinsons. Concernant les moqueurs, c’est la couleur du plumage et la taille qui diffèrent. Ce n’est qu’à son retour en Grande-Bretagne que Charles Darwin présenta ses pinsons à l’ornithologue londonien John Gould afin de les identifier et les classer. Ses conclusions sont évidentes, en effet, c’est un des premiers cas où il y a tant de différences physiques entre spécimens appartenant à une même espèce.

Grâce aux autres membres de l’équipage, Charles Darwin a pu placer de manière approximative l’endroit où il a capturé les pinsons. Quant aux moqueurs, l’emplacement des 4 espèces a été beaucoup plus précis.

Cela lui permit d’en tirer des conclusions sur leurs adaptations à l’environnement. En effet, chaque morphotype de pinsons provenait d’une île différente, les pinsons et moqueurs ne se mélangent pas suivant les sous-espèces malgré un ancêtre commun.

À la suite de longues réflexions, Darwin en conclut que c’est la végétation environnante, et donc l’alimentation qui, a influencé la transformation du bec de chaque pinson. Le biologiste anglais a pu les trier en 3 grandes classes suivant leurs nourritures:

  • Les frugivores: mangeant des fruits, chaire de cactus ou de fleurs. Ces espèces telles que le Geospiza scandens avec son bec pointu.
  • Les pinsons se nourrissant de graines, tel que le Geospiza magnirostris avec son gros bec puissant afin d’écraser les graines pour s’en nourrir.
  • Les pinsons se nourrissant d’insectes, tel que le Certhidea olivacea qui a un bec pointu, étroit et incurvé pour capturer sa nourriture plus facilement.

C’est grâce à ces transformations physiques nécessaires que les pinsons ont pu s’adapter et donc survivre. Ce concept, nommé « le déplacement de caractère » par Charles Darwin, est devenu un des piliers de sa théorie de l’évolution. Cette étude sur les pinsons des Galapagos peut s’étendre à toutes les espèces animales dans un but de survie à un environnement.

Pour les moqueurs, l’ADN a été modifié afin de leur donner une apparence différente suivant les sous-espèces. En effet, suivant l’île où a été trouvé le moqueur, sa taille ou la couleur de son plumage est différent.

Ce développement n’est pas terminé puisque les biologistes Peter et Rosemary Grant ont démontré que la population de pinsons à gros bec avait considérablement augmenté suite à une période de sécheresse sur l’île Daphne. Le développement de ce type de pinson est dû au manque de végétation à cause de la sécheresse. En effet, les gros becs leurs permettent de se nourrir de grosses graines, beaucoup plus résistantes aux fortes chaleurs arides.

 

Sa théorie et ses critiques

Une évolution permanente puisque aujourd’hui l’homme est en cours d’adaptation à son environnement avec par exemple l’augmentation de la taille du corps humain, des yeux ou la réduction de la pilosité au cours des millénaires à venir.

Sa théorie, sortie en livre en 1859, fit naître un débat houleux avec beaucoup de controverses sur son hypothèse. En effet, l’église ne pouvait pas accepter cette théorie qui mettait en porte-à-faux la théorie du créationnisme. Cela a valu à Charles Darwin de nombreuses caricatures et critiques dans les journaux de l’époque, tout comme les nombreux scientifiques ayant apporté une théorie nouvelle en opposition aux croyances de l’époque.

Aujourd’hui, le darwinisme est enseigné dans la plupart des pays du monde. Quelques pays où la religion monothéiste est très présente refuse cette éducation. Par exemple, la Turquie n’enseignera plus cette théorie au collège et au lycée dès 2019 après avoir déjà bloqué les sites internet traitant du darwinisme et sa théorie de l’évolution depuis 2011. Plus surprenant, aux États-Unis, une majorité de professeurs refusent d’enseigner cette théorie ou place au même niveau la théorie créationniste.

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