Baltazar Ushca, le dernier Hielero du volcan Chimborazo

Baltazar Uscha hielero Chimborazo
Baltazar Uscha hielero Chimborazo

A la rencontre de Baltazar Ushca, le dernier “Hielero” (casseur de glace) du volcan Chimborazo

L’Équateur regorge de personnages aussi emblématiques qu’intéressants, qui perpétuent savoir-faire ancestral et coutumes locales, et qu’il est possible, pour le plus grand bonheur des voyageurs, de rencontrer. Parmi eux, Baltazar Ushca Tenesaca fait figure de doyen, du haut de son immense expérience autour des pentes du volcan Chimborazo, où il empruntait jusqu’il y’a peu, les sinueuses routes menant au glacier du majestueux géant.

Baltazar Uschca, le dernier Hielero du volcan Chimborazo
Baltazar Ushca, le dernier Hielero du volcan Chimborazo

Un métier unique en voie de disparition

Avant l’apparition des réfrigérateurs et congélateurs, la glace nécessaire à la préservation des aliments et à la cuisine dans la région de la ville de Riobamba était directement extraite du volcan Chimborazo. Loin de tout procédé industriel, ce sont de nombreux hommes, appelés “Hieleros” (casseurs de glace) parfois accompagnés de mule, qui se chargeaient chaque jour de rejoindre les abords du glacier afin de prélever le précieux matériel. Avec l’aide de pioches, ces derniers se chargeaient de dénicher la glace juste sous la surface de la terre, la brisant en blocs, et les renfermant dans de la paille locale afin de pouvoir les redescendre de la montagne à dos de mule tout en maintenant la température nécessaire à sa bonne conservation.

Le temps avançant, les mines de glace se sont déplacées à des altitudes de plus en élevées, et se trouvent à présent autour de 5.000 mètres d’altitude. Baltazar aime raconter ce périple quotidien, qui l’emmène à réaliser une marche de près de 7h depuis la station Cuatro Esquinas jusqu’aux mines de glace.

L’industrialisation de la chaine du froid a rendu largement obsolètes ces emplois autrefois très sollicités par les habitants et commerçants de la région. La difficulté physique de l’extraction manuelle de la glace est également un facteur expliquant le manque d’intérêt de la nouvelle génération pour ce travail extrêmement difficile.

La glace chargée à dos de mule par Baltazar Uschca, le dernier Hielero
La glace chargée à dos de mule par Baltazar Ushca, le dernier Hielero

Le dernier Hielero n’a pas dit son dernier mot

Depuis ses 15 ans, Baltazar faisait partie des nombreux Hieleros qui louaient des mules pour les accompagner sur les flancs du Chimborazo. Issu d’une famille très modeste, et n’ayant pas eu accès à l’école avant son âge avancé, Baltazar s’est dédié corps et âme au développement de cette activité, et parle avec une très grande fierté de son travail, qu’il juge important de transmettre et promouvoir auprès des équatoriens.

Aujourd’hui âgé de 77 ans (né en 1944 à Riobamba), Baltazar a nettement réduit ses ascensions au Chimborazo, et s’efforce de transmettre cette belle tradition à son gendre, Juan Ushca, époux de sa fille Carmen.  Ce dernier a repris la flamme de son beau-père depuis plusieurs années, ayant même été rebaptisé El Nuevo Hielero.

Baltazar s’efforce aujourd’hui à promouvoir la richesse de la réserve naturelle Chimborazo et le savoir-faire lié à l’extraction de la glace, et participe à l’animation du Centre d’Interprétation des Glaciers, situé à la station Urbina, à proximité de la Réserve Chimborazo. Il est possible de l’y rencontrer sur place.

Juan Uschca, le "Nuevo Hielero", gendre de Baltazar
Juan Ushca, le “Nuevo Hielero”, gendre de Baltazar

De l’usage de la glace du dernier Hielero aujourd’hui

Il existe toujours une très bonne demande régionale pour la glace extraite par Baltazar et Juan. La pureté de cette dernière reste appréciée par de nombreux commerçant et touristes locaux comme étrangers. Sur le marché central (de la Merced) de Riobamba, il reste très facile de trouver de délicieuses glaces et jus naturels rafraichis avec la glace de Baltazar (appelés “Rompe Nucas“). Ces délicieux jus sont disponibles tous les samedis, jour de livraison par Baltazar et Juan. Si vous vous rendez sur place, n’hésitez pas à chercher Rosita Almachi, qui fait partie des grandes figures commerçantes liées à la préservation de cette tradition. Outre leur goût spécifique et très recherché, l’on prête également aux Rompe Nucas des vertus récupératrices après une soirée bien arrosée!

Les jus naturels "Rompe Nucas" de Rosa Almachi au marché de Riobamba (La Merced)
Les jus naturels “Rompe Nucas” de Rosa Almachi au marché de Riobamba (La Merced)

Baltazar et sa famille dans l’actualité

Du fait de son âge avancé et de la situation sanitaire liée à l’épidémie de COVID-19, Baltazar s’est mis en retrait afin de se préserver, et il est plus difficile de le rencontrer. C’est Juan, son gendre, qui se fait en général un grand plaisir de rencontrer les voyageurs souhaitant en découvrir davantage sur cette tradition d’exception, depuis leur domicile ou le Centre d’Interprétation des Glaciers.

En 2020, Baltazar a fait figure d’emblème de l’initiative publique pour l’alphabétisation en milieu rural défavorisé, en obtenant son diplôme d’éducation primaire. Une cérémonie a eu lieu en son honneur et en compagnie d’une autre étudiante de son village. Baltazar a démontré qu’il n’est jamais trop tard pour étudier et apprendre, et que l’effort est toujours récompensé.

Baltazar a également fait partie, en 2021, des premières personnes vaccinées contre le COVID-19.

Baltazar Uschca le dernier Hielero du Chimborazo
Baltazar Ushca le dernier Hielero du Chimborazo lors de sa cérémonie de remise de diplôme

Reportage en espagnol sur Baltazar

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