Légendes d’Équateur #1 – La mystérieuse Cueva de los Tayos

Intérieur de la Cueva de los Tayos (crédit photo: vepaya)
Intérieur de la Cueva de los Tayos (crédit photo: vepaya)

L’histoire de la Cueva de los Tayos

Si l’Équateur regorge de lieux mystérieux et chargés d’histoire, il est un endroit qui déchaine particulièrement les passions depuis le siècle dernier, tant il est la source de nombreux récits et légendes, entretenues par plusieurs expéditions, documentaires et reportages.

Carte de la Cueva de los Tayos
Carte de la Cueva de los Tayos

La Cueva de los Tayos (“Cave des guacharos des cavernes en français”), nommée ainsi de par les nombreux oiseaux nocturnes (Tayos / Oilbirds) qui y résident, est un immense réseau de tunnels souterrains d’origine karstique seulement partiellement exploré à ce jour. Les grands blocs de pierre mégalithiques, polis et taillés avec une précision incroyable, forment l’une des énigmes qui entourent la Cueva. Mais ce sont également, selon les premiers explorateurs, certaines des pièces de la grotte et les nombreuses plaques métalliques mystérieuses gravées d’écriture idéographique,  qui ont fait sa légende.

La Cueva de los Tayos se situe au sud-est de l’Équateur, dans la province de Morona Santiago, au coeur de la forêt vierge d’Amazonie et du territoire indépendant appartenant aux kuankus, membres de la communauté Shuar Arutam (coordonnées GPS 3°03′05″S 78°12′19″O). Selon les données les plus récentes, elle est située à une altitude de 539 mètres.

Se rendre à la grotte depuis Quito représente un long voyage de 3 jours, mais qui reste la partie la plus facile de cette expédition. En effet, une fois sur place, une descente en rappel de 87 mètres jusqu’au premier niveau, puis de 25 mètres jusqu’à l’entrée des tunnels est nécessaire, en sachant que l’exploration de la cave n’est possible que durant de bonnes conditions climatiques, et avec un guide local Shuar. Les pluies fortes et fréquentes de l’Amazonie inondent en effet très fréquemment une partie des tunnels, rendant toute avancée dangereuse/impossible.

Aujourd’hui, seule l’agence locale Tayos Expeditions organise des visites touristiques encadrées  (en général sur 3 jours avec nuit en campement à l’intérieur de la grotte) d’une partie du site. Il est possible de se rendre à la Cueva à pied, en bateau, par une combinaison des deux, ou en hélicoptère -lorsque le climat le permet- depuis le village de Macas situé à 40km de l’entrée de la grotte. La visite s’adresse à des spéléologues confirmés. Certains passages, bien que non obligatoires, sont réputés difficiles, comme le tunnel “Sumidero“, chemin qui mène à une caverne inondée, et qui implique une plongée à 5 mètres de profondeur (par temps non pluvieux) pour le traverser. exigeant à la fois courage et technique.

Les indiens de la communauté Shuar traitent cette grotte avec un immense respect, considérant que leurs ancêtres en sont originaires. Ils continuaient, jusqu’au début du siècle dernier, à chasser les fameux oiseaux nocturnes à l’intérieur de la grotte. Bien qu’aucune étude définitive n’ait pu dater l’occupation la plus lointaine de la cave par l’Homme, les récits des locaux et études de pièces prélevées par les expéditions sur le site estiment qu’elle fut bien habitée par des civilisations pré-shuar.

Du mysticisme et des légendes d’anciennes civilisations intra-terrestres datant de l’époque où les continents étaient encore rattachés, jusqu’aux théories surnaturelles les plus folles, la Cueva de los Tayos déchaine les passions. Nous vous proposons d’explorer ce site géologique exceptionnel et son Histoire, en lien avec toutes les rumeurs qui l’ont rendu si célèbre.

L’origine de l’engouement autour de la Cueva de los Tayos

L’histoire moderne de la Cueva de los Tayos débute avec le père salésien italien Carlos Crespi, dans les années 1940. Ce dernier, résidant à Cuenca, s’aventura durant cette période au coeur de la communauté Shuar, rendant de nombreux services à la communauté locale. En remerciement, il reçut de ses derniers de nombreux artefacts, dont certaines pièces en céramiques, qu’ils lui indiquèrent avoir retiré de la grotte. Ce dernier décida d’exposer lesdites pièces dans son musée privé, le musée  Carlos Crespi Croci à Cuenca (Equateur). Malheureusement, ces pièces, dont plusieurs morceaux de céramique intrigants, furent vendues, volées ou perdues après un fort incendie qui ravagea le musée en 1962. Après cet incendie, même les morceaux de céramiques ancestraux disparurent, bien qu’ils auraient normalement dû y resister. De ces vestiges ne restent aujourd’hui que des vidéos et photos qu’il est difficile d’authentifier, mais qui contribuent grandement à la légende de la Cueva de los Tayos.

Des récits d’explorations postérieures font état de vestiges millénaires dont une bibliothèque aux étagères métalliques au sein de la grotte, et de mystérieuses tablette gravées d’écritures anciennes (certaines rumeurs assez folles pointent vers la langue sumérienne). Aujourd’hui, ces photos restent les seules “preuves” permettant de confirmer ces témoignages. Décédé en 1982, le père Crespi n’a malheureusement laissé aucun autre témoignage sur ses découvertes! Le musée reste malgré tout toujours visitable à Cuenca, il s’agit du remarquable musée de Pumapungo!

Selon l’investigateur guayaquileño Manuel Palacios, la relation des pièces exposées par le père Crespi avec la Cueva de los Tayos se base sur des faits mal relatés dans le livre à succès “El oro de los Dioses” de l’écrivain suisse Erich von Däniken.  Palacios indique dans son ouvrage “Amérika prohibida: la colección Crespi”, qu’il n’existe aucune preuve formelle de l’origine des pièces les plus intéressantes de la fameuse collection, et inclut d’ailleurs un inventaire photographique partiel de cette dernière. Cela n’enlève cependant rien à l’intérêt de ces pièces.

Les expéditions Moricz de 1969 et la découverte de la Cueva de los Tayos

La grotte restait encore inconnue du grand public et des équatoriens il y’a 50 ans, bien qu’une lettre datée de 1976, émise par le Ministère de la Défense équatorien, indiquait que ses “particularités visibles étaient  connues” depuis au moins 1915.

Ce sont justement ces particularités intrigantes qui attirèrent l’attention de Juan Moricz, un passionné d’anthropologie et de langues anciennes, originaire d’Hongrie et résidant en Argentine après avoir été accepté et naturalisé comme réfugié politique durant la seconde guerre mondiale (il fut fait prisonnier par les communistes dans son pays natal). Engagé dans le domaine des concessions minières, il arriva en Équateur en 1964 et eut l’opportunité d’explorer amplement la région d’Amazonie.  C’est dans cette partie de l’Équateur qu’il entra en relation avec la tribu des Jibaros (appelés actuellement Shuars), dont il acquit la confiance et put ainsi entrer dans la partie vierge de leur territoire. Sans que l’on ait jamais su à quelle date, il fut autorisé par la population native à pénétrer dans la grotte. C’est durant cette première expédition que Moricz indiqua avoir découvert une millénaire bibliothèque faite d’étagères métalliques, ainsi que de nombreux objets de grande valeur, dont certains en or.

Fort de cette première excursion à l’intérieur du système souterrain, Moricz se rendit à Guayaquil pour rendre compte et officialiser sa découverte de la Cueva de los Tayos, auprès du Président José Maria Velasco Ibarra, le 24 juin 1969 (officialisée devant notaire à Guayaquil le 21 juillet). Il déclara alors “avoir réalisé cette découverte par hasard”, et bien que les shuars aient exploré auparavant la grotte, il s’attribua la primeur de cette celle-ci.

Le 26 juillet 1969, Moricz partit pour une seconde expédition, appuyée par le Gouvernement au travers de sa structure Ceturis (Corporation équatorienne de Tourisme), avec cette fois un groupe d’explorateurs guayaquileños, dont le gérant de Ceturis, un journaliste, un photographe, deux aides, une coordinatrice et plusieurs policiers. Cette expédition avait deux objectifs:

  1. Réaliser une reconnaissance de la grotte
  2. Se rendre dans la pièce où Moricz avait indiqué avoir découvert la mystérieuse bibliothèque métalliques

Malheureusement, seul le premier objectif fut atteint, mais les découvertes réalisées furent suffisantes pour attirer l’attention de la communauté internationale. Ses immenses tunnels et spacieuses galeries de roche comme taillées au laser et couronnées par ce qui semblait être des linteaux parfaitement rectilignes (que Moricz pensait dûs à une intervention humaine) et ses endroits remplis de vie, où l’on trouve une faune composée de nombreux insectes, araignées, tarentules, serpents et tayos, ont immédiatement suscité l’intérêt de nouveaux explorateurs.

C’est après cette seconde expédition que Moricz rencontra alors l’écrivain suisse Erich von Däniken, à Guayaquil, et que ce dernier put se procurer des copies des photos de la grotte ainsi que des documents notariaux qui lui servirent de base pour écrire son livre à succès “El oro de los dioses”, qui déclencha une grande ferveur en Europe.  Moricz emmena notamment l’écrivain jusqu’à une entrée latérale secrète par laquelle il était selon lui possible de rejoindre une imposante salle de la labyrinthique caverne. Selon ses dires, von Däniken ne put observer que le système de tunnels, mais pas la bibliothèque à laquelle Moricz faisait référence.

L’expédition scientifique britannique de 1976, accompagnée par Neil Arsmstrong

Quelques années après les deux premières expéditions et la publication du livre de von Däniken , le gouvernement britannique annonça la création d’une expédition scientifique d’envergure, dont l’objectif fut, selon le major écossais Christopher Brownie “prouver ou démentir les différentes versions émises par la presse internationale sur ce qui se trouve à l’intérieur des cavernes souterraines”.

Si l’expédition menée par Moricz était conséquente (16 personnes au total), l’envergue de cette aventure britannique était toute autre. Grâce à un budget d’un million de livres sterling furent en effet regroupées 102 personnes, 62 britanniques et 40 équatoriens, dont 5 scientifiques britanniques et une équatorienne, la biologiste Laura Arcos. L’armée équatorienne offrit quant à elle sa totale coopération, et permit de préparer une zone d’atterrissage située proche du site, en gérant également le transport et la logistique de plus de 45 tonnes d’équipement, provisions et personnel au travers de la jungle vierge d’Amazonie.

43 voyages au total, mobilisant 4 avions et deux hélicoptères furent nécessaires pour cette opération, à comparer avec les 43 mules qu’utilisa Moricz à l’époque.

Le hongrois fut d’ailleurs invité à participer par le responsable de l’expédition, l’ingénieur écossais Stanley Hall. Les deux parties ne purent s’accorder sur les conditions exigées par Moricz, qui demandait notamment à ce que toute découverte réalisée soit laissée in situ, ainsi qu’à être nommé seul et unique leader de l’expédition. Une grande personnalité rejoint cependant l’aventure sur une invitation de Hall, l’astronaute Neil Armstrong, qui participa à l’expédition de 1976 avec le groupe.

Ce dernier fut interrogé à son retour à Quito par la presse. On lui demanda notamment “Qu’est-ce qui fut le plus émouvant pour vous? Explorer la lune ou la Cueva de los Tayos?“, ce à qui il répondit “La comparaison est difficile, mais dans les deux cas, l’on sent que l’on se rend dans des zones encore inconnues, et l’on apprend de nouvelles de nouvelles choses. Sur ce plan, les expériences sont similaires”. 

Les spéléologues qui composaient l’équipe purent explorer les profondeurs de la grotte et la cartographier en partie. Bien que leur description de la structure de celle-ci corresponde aux récits de Von Däniken, rien ne corrobora ses affirmations les plus exotiques, bien que certaines découvertes d’intérêt archéologique, zoologique et botanique aient été réalisées.

Un chercheur espagnol raconte d’ailleurs que les caisses extraites par l’expédition ne furent pas présentées aux shuars, ce qui provoqua un conflit entre les deux communautés, qui se régla selon ses dires par des coups de feu!

Mystères et controverses

Malheureusement, l’expédition britannique n’atteint jamais le site de la bibliothèque et des vestiges historiques, dont la rumeur dit qu’ils furent “volés” par un guide local durant la première visite de Moricz à l’intérieur des caves, et le mystère reste entier sur la véracité de cette découverte. Ce dernier avait d’ailleurs anticiper cette situation, en déclarant ““Je crois que les scientifiques de l’expédition, anglais comme équatoriens, atteindront des conclusions intéressantes, et avec un peu de chance, découvriront des pièces de valeur. Mais quant au principal, la bibliothèque métallique, je doute beaucoup qu’ils la trouvent”. Moricz insista depuis lors sur l’existence, selon lui, d’une civilisation intra-terrestre sous les Andes, datant de l’époque où les continents étaient encore reliés., indiquant dans une interview “Il est possible de marcher à travers toute l’Amérique du Sud sous la terre” et que des tunnels connectaient Cusco, le Machu Picchu, avec même une sortie sur la mer.

Cette version reste contredite par l’expédition britannique, qui conclut sur le fait que les tunnels ne s’étendaient pas sur plus de 5 km, et que leur origine était purement géologique, et non archéologique .

De nombreux spécialistes ont également démenti la véracité des supposés vestiges extraits de la Cueva de los Tayos, que l’on disait appartenir à des civilisations datant 500 à 1500 ans av, JC, indiquant qu’il s’agissait de faux réalisés en étain et laiton, ou de cuivre.

Malgré tout, la Cueva de los Tayos reste une attraction touristique importante pour la région, et le gouvernement local n’a de cesse de faire la promotion, et ce à juste titre, sur son caractère exceptionnel, magique et unique au monde.

La dernière expédition menée par le gouvernement équatorien fut réalisée en 2016, durant lequel fut enregistré par le cinéaste Miguel Garzón, un documentaire intitulé Tayos sur l’exploration de la grotte. Garzón indique n’avoir trouvé aucune relique durant cette expédition, mais s’est confronté à certaines situations qu’il ne put s’expliquer avec ses connaissances. De nombreux autres documentaires sont trouvables sur Youtube, pour certains à prendre avec des pincettes!

L’histoire de l’occupation de la Cueva de los Tayos

L’on sait à ce jour que les plus anciennes traces d’habitat dans la Cueva de los Tayos datent de la période du Paléolithique supérieur (de 48 000 à 12 000 av. J.-C.) et que la grotte assurait une protection à la fin de la période de glaciation. C’est aux alentours de  9000 av. J.-C que l’on estime que la civilisation quitte la grotte en profitant du meilleur climat de la Terre et se déplace vers le Pérou et au nord du Chili.

Durant la période du Néolithique, la grotte aurait été habitée aux alentours de 3000 av. JC par une civilisation qui précéda les indigènes shuars, et utilisait déjà des objets faits en céramique, que l’on peut retrouver à l’Université de Munich, à l’initiative d’une datation au radiocarbone de ces vestiges. C’est aux environs de 1500 av. JC que les premiers indigènes Shuar s’installent dans la région et se mélangent aux indigènes qui peuplaient alors la grotte. Les Shuar considèrent qu’y reposent les esprits de leurs ancêtres et le Dieu appelé Nankupa

Certaines pièces archéologiques se trouvent encore à l’Université catholique de Quito, ainsi qu’une coquille supposée de spondyle, que l’on sait de grandes valeurs pour les cultures primitive d’Équateur.

Laissant planer le mystère sur l’origine de la groette, l’architecte et historien Melvin Hoyos, ex-directeur de la culture et du développement de la municipalité de Guayaquil, déclara au sujet de la grotte:

“Pour commencer, je pense que la grotte des Tayos n’est pas une grotte, mais une œuvre de la main de l’homme, il n’y a rien dans la nature qui puisse ressembler à la grotte des Tayos. Il a le plafond complètement coupé à plat avec un angle de 90 degrés par rapport au mur. Il est très similaire à d’autres tunnels de caractéristiques et d’âge similaires dans d’autres parties du monde, ce qui nous amène à penser qu’avant la glaciation du Wisconsin, il y avait un réseau de tunnels sur la planète, mais pour l’accepter, nous devons accepter l’existence – avant la Glaciation – d’une civilisation très développée. “

 

Sources:

El Universo: https://www.eluniverso.com/noticias/2019/07/21/nota/7434213/cuevas-tayos-50-anos-controversias-misterios 

El Diario: https://www.eldiario.ec/noticias-manabi-ecuador/463603-hablan-sobre-la-cueva-de-los-tayos/

Suchipakari:

Ministère du Tourisme équatorien: https://www.turismo.gob.ec/descubre-las-entranas-de-la-tierra-ingresando-a-la-cueva-de-los-tayos/

BBC: https://www.bbc.com/mundo/noticias-42104844#:~:text=BBC%20Extra-,La%20Cueva%20de%20los%20Tayos%2C%20la%20legendaria%20y%20misteriosa%20formaci%C3%B3n,fascinaci%C3%B3n%20del%20astronauta%20Neil%20Armstrong&text=Luego%20de%20pisar%20la%20Luna,las%20profundidades%20de%20la%20Tierra.

Wikipedia: https://fr.wikipedia.org/wiki/Cueva_de_los_Tayos

Vepaya: http://www.vepaya.com/ecuador/puyo/atractivos/lostayoscueva

Ecrit par
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